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    August 17

    (.) Fleur fatale / Verhaeren



    Déchu, sauvé des humeurs de grand,
    Le carré devient cube, se déliant,
    S'envolent les sphères de son volume
    Que les couleurs aveugles parfument.




    Comments (7)

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    j"aime aussi celui là du m^me auteur A la gloire du vent


    Toi qui t'en vas là-bas,
    Par toutes les routes de la terre,
    Homme tenace et solitaire,
    Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ?

    - J'aime le vent, l'air et l'espace ;
    Et je m'en vais sans savoir où,
    Avec mon coeur fervent et fou,
    Dans l'air qui luit et dans le vent qui passe.

    - Le vent est clair dans le soleil,
    Le vent est frais sur les maisons,
    Le vent incline, avec ses bras vermeils,
    De l'un à l'autre bout des horizons,
    Les fleurs rouges et les fauves moissons.

    - Le Sud, l'Ouest, l'Est, le Nord,
    Avec leurs paumes d'or,
    Avec leurs poings de glace,
    Se rejettent le vent qui passe.

    - Voici qu'il vient des mers de Naple et de Messine
    Dont le geste des dieux illuminait les flots ;
    Il a creusé les vieux déserts où se dessinent
    Les blancs festons de sable autour des verts îlots.
    Son souffle est fatigué, son haleine timide,
    L'herbe se courbe à peine aux pentes du fossé ;
    Il a touché pourtant le front des pyramides
    Et le grand sphinx l'a vu passer.

    - La saison change, et lentement le vent s'exhume
    Vêtu de pluie immense et de loques de brume.

    - Voici qu'il vient vers nous des horizons blafards,
    Angleterre, Jersey, Bretagne, Ecosse, Irlande,
    Où novembre suspend les torpides guirlandes
    De ses astres noyés, en de pâles brouillards ;
    Il est parti, le vent sans joie et sans lumière :
    Comme un aveugle, il erre au loin sur l'océan
    Et, dès qu'il touche un cap ou qu'il heurte une pierre,
    L'abîme érige un cri géant.

    - Printemps, quand tu parais sur les plaines désertes,
    Le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.

    - Voici qu'il vient des longs pays où luit Moscou,
    Où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge
    Mirent et rejettent au ciel les soleils rouges ;
    Le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou,
    Mord la steppe, bondit d'Ukraine en Allemagne,
    Roule sur la bruyère avec un bruit d'airain
    Et fait pleurer les légendes, sous les montagnes,
    De grotte en grotte, au long du Rhin.

    - Le vent, le vent pendant les nuits d'hiver lucides
    Pâlit les cieux et les lointains comme un acide.

    - Voici qu'il vient du Pôle où de hauts glaciers blancs
    Alignent leurs palais de gel et de silence ;
    Apre, tranquille et continu dans ses élans,
    Il aiguise les rocs comme un faisceau de lances ;
    Son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
    S'attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
    Et secoue, à travers l'immensité des mers,
    Toutes les plumes de la neige.

    - D'où que vienne le vent,
    Il rapporte de ses voyages,
    A travers l'infini des champs et des villages,
    On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
    Avec ses lèvres d'or frôlant le sol des plaines,
    Il a baisé la joie et la douleur humaines
    Partout ;
    Les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
    Tout ce qui met dans l'âme une attente immortelle,
    Il l'attisa de ses quatre ailes ;
    Il porte en lui comme un grand coeur sacré
    Qui bat, tressaille, exulte ou pleure
    Et qu'il disperse, au gré des saisons et des heures,
    Vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.

    - Si j'aime, admire et chante avec folie
    Le vent,
    Et si j'en bois le vin fluide et vivant
    Jusqu'à la lie,
    C'est qu'il grandit mon être entier et c'est qu'avant
    De s'infiltrer, par mes poumons et par mes pores,
    Jusques au sang dont vit mon corps,
    Avec sa force rude ou sa douceur profonde,
    Immensément il a étreint le monde.




    Auteur:Émile VERHAEREN

    bisous fleur
    Sept. 3
    frederiquewrote:
    Pearl Jam vieux comme le monde qu'on aimerait vivre
    Sept. 1
    Pascale .wrote:
    .....j'me sens étouffée moi.....enfermée...là !!!!!!
    Aug. 30
    stephaniewrote:
    Je m'instruis
    Aug. 18
    Manique .wrote:
    Ville, Tahar ben Jelloun





    Il ne suffit pas d'un tas de maisons pour faire une ville
    Il faut des visages et des cerises
    Des hirondelles bleues et des danseuses frêles
    Un écran et des images qui racontent des histoires

    Il n'est de ruines qu'un ciel mâché par des nuages
    Une avenue et des aigles peints sur les arbres
    Des pierres et des statues qui traquent la lumière
    Et un cirque qui perd ses musiciens

    Des orfèvres retiennent le printemps dans des mains en cristal
    Sur le sol des empreintes d'un temps sans cruauté
    Une nappe et des syllabes déposées par le jus d'une grenade
    C'est le soleil qui s'ennuie et des hommes qui boivent

    Une ville est une énigme leurrée par les miroirs
    Des jardins de papier et des sources d'eau sans âme
    Seules les femmes romantiques le savent
    Elles s'habillent de lumière et de songe

    Métallique et hautaine,
    La ville secoue sa mémoire
    En tombe des livres et des sarcasmes, des rumeurs et des rires
    Et nous la traversons comme si nous étions éternels.

    Tahar Ben Jelloun


    http://fr.wikipedia.org/wiki/Tahar_Ben_Jelloun
    Aug. 18
    Manique .wrote:

    Emile Verhaeren - La Ville

    Tous les chemins vont vers la ville.

    Du fond des brumes,
    Là-bas, avec tous ses étages
    Et ses grands escaliers et leurs voyages
    Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
    Comme d'un rêve, elle s'exhume.

    Là-bas,
    Ce sont des ponts tressés en fer
    Jetés, par bonds, à travers l'air;
    Ce sont des blocs et des colonnes
    Que dominent des faces de gorgones;
    Ce sont des tours sur des faubourgs,
    Ce sont des toits et des pignons,
    En vols pliés, sur les maisons;
    C'est la ville tentaculaire,
    Debout,
    Au bout des plaines et des domaines.

    Des clartés rouges
    Qui bougent
    Sur des poteaux et des grands mâts,
    Même à midi, brûlent encor
    Comme des œufs monstrueux d'or,
    Le soleil clair ne se voit pas:
    Bouche qu'il est de lumière, fermée
    Par le charbon et la fumée,

    Un fleuve de naphte et de poix
    Bat les môles de pierre et les pontons de bois;
    Les sifflets crus des navires qui passent
    Hurlent la peur dans le brouillard:
    Un fanal vert est leur regard
    Vers l'océan et les espaces.

    Des quais sonnent aux entrechocs de leurs fourgons,
    Des tombereaux grincent comme des gonds,
    Des balances de fer font choir des cubes d'ombre
    Et les glissent soudain en des sous-sols de feu;
    Des ponts s'ouvrant par le milieu,
    Entre les mâts touffus dressent un gibet sombre
    Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,
    Immensément, par à travers
    Les toits, les corniches et les murailles,
    Face à face, comme en bataille.

    Par au-dessus, passent les cabs, filent les roues,
    Roulent les trains, vole l'effort,
    Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues
    Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.
    Les rails ramifiés rampent sous terre
    En des tunnels et des cratères
    Pour reparaître en réseaux clairs d'éclairs
    Dans le vacarme et la poussière.
    C'est la ville tentaculaire.
    La rue – et ses remous comme des câbles
    Noués autour des monuments –
    Fuit et revient en longs enlacements;
    Et ses foules inextricables
    Les mains folles, les pas fiévreux,
    La haine aux yeux,
    Happent des dents le temps qui les devance.
    A l'aube, au soir, la nuit,
    Dans le tumulte et la querelle, ou dans l'ennui,
    Elles jettent vers le hasard l'âpre semence
    De leur labeur que l'heure emporte.
    Et les comptoirs mornes et noirs
    Et les bureaux louches et faux
    Et les banques battent des portes
    Aux coups de vent de leur démence.

    Dehors, une lumière ouatée,
    Trouble et rouge, comme un haillon qui brûle,
    De réverbère en réverbère se recule.
    La vie, avec des flots d'alcool est fermentée.

    Les bars ouvrent sur les trottoirs
    Leurs tabernacles de miroirs
    Où se mirent l'ivresse et la bataille;
    Une aveugle s'appuie à la muraille
    Et vend de la lumière, en des boîtes d'un sou;
    La débauche et la faim s'accouplent en leur trou
    Et le choc noir des détresses charnelles
    Danse et bondit à mort dans les ruelles.
    Et coup sur coup, le rut grandit encore
    Et la rage devient tempête:
    On s'écrase sans plus se voir, en quête
    Du plaisir d'or et de phosphore;
    Des femmes s'avancent, pâles idoles,
    Avec, en leurs cheveux, les sexuels symboles.
    L'atmosphère fuligineuse et rousse
    Parfois loin du soleil recule et se retrousse
    Et c'est alors comme un grand cri jeté
    Du tumulte total vers la clarté:
    Places, hôtels, maisons, marchés,
    Ronflent et s'enflamment si fort de violence
    Que les mourants cherchent en vain le moment de silence
    Qu'il faut aux yeux pour se fermer.
    Telle, le jour – pourtant, lorsque les soirs
    Sculptent le firmament, de leurs marteaux d'ébène,
    La ville au loin s'étale et domine la plaine
    Comme un nocturne et colossal espoir;
    Elle surgit: désir, splendeur, hantise;
    Sa clarté se projette en lueurs jusqu'aux cieux,
    Son gaz myriadaire en buissons d'or s'attise,
    Ses rails sont des chemins audacieux
    Vers le bonheur fallacieux
    Que la fortune et la force accompagnent;
    Ses murs se dessinent pareils à une armée
    Et ce qui vient d'elle encore de brume et de fumée
    Arrive en appels clairs vers les campagnes.

    C'est la ville tentaculaire,
    La pieuvre ardente et l'ossuaire
    Et la carcasse solennelle.

    Et les chemins d'ici s'en vont à l'infini
    Vers elle.


    Émile Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d'Anvers le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge flamand, d'expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain.

    Aug. 18
    Le poète qui m'a fait découvrir la beauté de la ville avant même que je sache ce que c'était.
    Aug. 17

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